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Passeport pour le mondeCarnets de voyage au long cours

38° N, Lisbonne

Lisbonne en 4 jours : notre carnet entre quartiers, miradouros et tramway 28

Europe

Voyageuse en robe terracotta contemplant les toits rouges de l'Alfama et le Tage depuis un miradouro au coucher du soleil

Quatre jours à Lisbonne, entre les ruelles de l'Alfama au petit matin, les pastéis de Belém encore tièdes, les funiculaires jaunes et les soirées de fado. Voici notre carnet, avec nos quartiers préférés, nos miradouros et toutes les réponses pour préparer un long week-end réussi.

Lisbonne se mérite, répétaient les habitants en riant, et ils avaient raison : la ville grimpe sur sept collines, ses trottoirs de calcaire et de basalte poli cassent les mollets des marcheurs pressés, et son charme opère précisément là où les jambes protestent. Nous y avons passé quatre jours, logés dans un petit appartement de l’Alfama, entre les guirlandes des fêtes de juin et les terrasses où le fado monte des caves. Lisbonne accueille désormais plus de cinq millions de visiteurs par an, et l’on sent dans les ruelles une ville qui a appris à vivre avec son succès sans tout vendre.

Quatre jours, c’est le bon format pour cette capitale : assez pour les incontournables sans les subir, assez pour s’attarder sur un miradouro au moment où la lumière tombe. Ce carnet suit notre rythme, jour après jour, avec les adresses qui nous ont marqués et les erreurs à éviter. Il complète nos autres city trips en Europe, d’une Belgique plate et cyclable à une Écosse ventée.

Jour 1 — Alfama et Graça : se perdre dans les hauteurs

Nous avons posé nos valises dans l’Alfama, le plus ancien et le plus populaire des quartiers, épargné par le tremblement de terre de 1755 qui a rasé la Baixa. C’est un choix que nous referions : ruelles en escalier, façades blanches ornées d’azulejos, linge suspendu aux fenêtres, et ce spectacle quotidien de voisins qui discutent d’un balcon à l’autre, à une distance où l’on croirait qu’ils pourraient se serrer la main.

Le matin appartient aux habitants. À 7 h, les ruelles sont désertes, une odeur de café grillé sort des portes entrouvertes, et les chats tiennent le haut du pavé. À la nuit tombée, le quartier change de peau : les petits restaurants étalent leurs tables sur les pavés, et en juin, pendant les fêtes des Santos Populares, des batteries entières de grilles fument comme de vieilles locomotives, enfourmant des sardines qui embaument tout le quartier. Nous y étions tombés en pleins préparatifs, les ruelles pavoisées de guirlandes colorées, et c’est probablement la plus belle époque de l’année pour visiter, à condition d’accepter la foule festive.

Plus haut, la Graça mérite une halte longue : c’est l’un des quartiers où les Lisboètes d’origine vivent encore en majorité, avec ses cafés honnêtes et ses petites places. Son miradouro porte le même nom et offre l’une des plus belles vues de la ville, le château en face, le Tage en contrebas. Nous y avons fini chacune de nos soirées du séjour.

Le château São Jorge, sur la plus haute des sept collines, se visite dès l’ouverture, quand les paons se promènent seuls sur les remparts et que les groupes n’ont pas encore envahi les courtines. Le tour des remparts vaut à lui seul le billet : Lisbonne s’étale en amphithéâtre, et l’on comprend la ville comme un ensemble de quartiers accrochés à des pentes, pas comme un centre unique.

Jour 2 — Belém : les découvertes, puis les pastéis

Le deuxième matin, nous avons pris le tramway 15 depuis la Praça do Comércio vers l’ouest, direction Belém. C’est ici que Lisbonne a rangé ses plus beaux souvenirs d’âge d’or : le monastère des Jéronimos, classé à l’UNESCO, dont la façade de pierre calcaire se découpe en dentelles de sculptures ; la tour de Belém, dressée au bord du Tage comme une proue de pierre ; et le Padrão dos Descobrimentos, le monument aux Découvertes dont la pointe regarde l’Atlantique.

Dans l’église des Jéronimos repose Vasco de Gama, le navigateur parti d’ici rejoindre les Indes par la mer. L’atmosphère y est étrange et solennelle, entre les piliers torsadés et la lumière tamisée. L’entrée du cloître est payante, comptez une douzaine d’euros, mais les azulejos et les voûtes en croisée valent largement cette dépense ; l’église elle-même reste accessible gratuitement.

Puis vint l’épreuve des pastéis. La célèbre confiteria de Belém, ouverte en 1837, débitent chaque jour des milliers de petits flans feuilletés saupoudrés de cannelle, derrière une recette toujours secrète. Il pleuvait ce jour-là, nous étions trempés, et nous avons fait trois fois le tour des salles avant de dénicher une table libre. Le verdict après la première cuillère : le détour, la file et le prix en valent la peine, surtout avec un chocolat chaud à côté. N’attendez pas l’après-midi pour vous y rendre, et ne confondez pas : seule cette maison porte le nom « de Belém », les autres vendent des pastéis de nata, très bons aussi, mais différents.

Deux voyageuses dégustant des pastéis de nata et un chocolat chaud dans une salle de café ancienne aux murs d'azulejos de Belém
Des pastéis de nata encore tièdes, un chocolat chaud, des azulejos du XVIIIe siècle : Belém se déguste aussi assis.

Si le temps le permet, prolongez jusqu’au MAAT, le musée d’art, d’architecture et de technologie, dont le bâtiment ondulé de la britannique Amanda Levete court le long du fleuve. L’entrée dans le hall est libre, et la toiture offre un point de vue inattendu sur le pont du 25-Avril.

Jour 3 — Baixa, Chiado et Bairro Alto : la ville reconstruite

La troisième journée fut celle de la plaine. La Baixa, le centre-ville, a été reconstruite en grille par le marquis de Pombal après le séisme de 1755, et son urbanisme éclairé surprend encore : rues perpendiculaires, immeubles antisismiques avant l’heure, arcades qui protègent du soleil. La Praça do Comércio, ouverte sur le Tage, est la plus belle salle à manger en plein air de la ville, entre statues équestres et arcades ocre.

Un peu plus haut, l’ascenseur de Santa Justa relie la Baixa au Chiado par une tour néogothique de fer forgé. La vue depuis le belvédère supérieur est payante, environ 6 euros l’aller-retour au dernier étage, et nous l’avons jugée moins intéressante que les miradouros naturels de la ville : c’est le seul « ascenseur » de Lisbonne qui ne nous a pas convaincus. Le Chiado, lui, vaut le coup d’œil pour ses librairies anciennes, ses théâtres et le café A Brasileira, où une statue de Fernando Pessoa garde la terrasse.

Le soir, le Bairro Alto dort encore quand on le traverse à la tombée du jour ; vers 22 h, il s’allume d’un coup, ruelles noires de monde, bars qui débordent, verre de ginginha à la main. C’est le quartier des soirées, pas des visites. Après deux nuits passées là, nous avons compris qu’il faut y aller pour l’ambiance, mais dormir ailleurs : les ruelles bruyantes ne pardonnent pas.

À ceux qui préfèrent les villes qui se visitent sans jamais monter, nous renvoyons notre carnet d’un city trip belge entre Gand et Bruxelles : moins de collines, plus de canaux, et une douceur de vivre qui n’a rien à envier à Lisbonne.

Mouraria et tramway 28 : Lisbonne d’un autre âge

Le quatrième matin fut celui du tramway. La ligne 28 traverse les quartiers historiques dans d’anciennes rames jaunes devenues l’emblème de la ville, et sa renommée a un prix : en journée, on y entre comme dans le métro parisien à l’heure de pointe, et les pickpackets y font des ravages parmi les sacs à dos portés dans le dos. Notre méthode a fonctionné : départ à 7 h 30 de la Praça Martim Moniz, premier terminus, place assise garantie. Le tram grimpait dans une lumière de début de journée, frôlant les trottoirs et les façades d’azulejos, et nous avions l’impression de traverser un film tourné il y a soixante ans.

Le trajet vaut surtout pour ce qu’il relie : Graça, Alfama, la cathédrale Sé (fondée en 1147 sur les traces d’une mosquée, et dont la façade romane offre le décor de la photo la plus célèbre de Lisbonne quand le tram jaune passe devant), puis Chiado. Choisissez une portion plutôt que la ligne entière, et descendez dès qu’un quartier vous tend les bras.

À deux pas du terminus, la Mouraria est le quartier que les itinéraires classiques oublient. Plus populaire encore que l’Alfama, il fut longtemps mal famé, et c’est pourtant ici que le fado est né, au contact des communautés qui y vivaient côte à côte. Aujourd’hui, ses ruelles accrochent street art, restaurants de quartier et quelques-unes des maisons les plus anciennes de la ville. Nous y avons déjeuné d’une sardinha assada et d’une salade de tomates, pour un prix que la Baixa n’aurait jamais accepté.

Le tramway jaune 28 remontant une ruelle pentue de l'Alfama bordée de façades d'azulejos et de linge suspendu
Le tramway 28 au petit matin, avant la foule : la traversée des collines comme les Lisboètes la vivent.

Parlons budget, puisque Lisbonne alimente les conversations à ce sujet. La ville reste moins chère que Paris, Londres ou Amsterdam, mais l’écart se resserre chaque année. Pour un long week-end, nous conseillons de lire ce guide concret sur le coût d’un voyage et les manières d’économiser sans se priver : les réflexes qu’il décrit pour l’Asie valent aussi pour le Portugal, à commencer par loger hors de l’hyper-centre et manger là où les habitants mangent. À Lisbonne, l’écart de prix entre un restaurant de la Baixa et une tasca de la Graça atteint facilement 40 % pour une cuisine meilleure.

Soirées de fado et miradouros : la ville qui chante

Deux soirs, nous avons choisi le fado. Le premier dans une maison de quartier de l’Alfama, quinze places à peine, guitares portugaises et voix qui prennent le silence de la salle en otage. Le fado ne se regarde pas comme un spectacle : il s’écoute à la manière d’une confidence, et les Portugais du public accompagnaient certains refrains d’un murmure. Le deuxième soir, un club un peu plus grand du Bairro Alto, plus touristique, moins intime, mais avec un chanteur exceptionnel. Notre conseil : les petites salles des quartiers populaires, réservées à l’avance, offrent une expérience incomparable pour un prix souvent inférieur à celui des grandes maisons du centre.

Entre les deux, la ville des belvédères. Lisbonne a fait des miradouros un art de vivre : on y monte pour la vue, on y reste pour un verre. Notre classement personnel :

  • Miradouro da Graça : le plus beau rapport vue, prix et ambiance locale, surtout au coucher du soleil.
  • Miradouro de Santa Luzia : le plus photogénique, avec sa pergola d’azulejos dominant l’Alfama.
  • Miradouro de São Pedro de Alcântara : la vue en balcon sur la Baixa et le château, à deux pas du Bairro Alto.
  • Miradouro das Portas do Sol : fréquenté, mais irrésistible avec ses statues de Saint-Vincent et les toits ocre en contrebas.

C’est aussi là que Lisbonne révèle son registre le plus doux, celui des week-ends à deux : dîner tardif dans une tasca, verre sur un miradouro, tram de nuit qui descend vers la Baixa. La capitale portugaise tient sans rougir la comparaison avec les destinations romantiques du sud de l’Europe, et notre rubrique Voyager à deux lui réserve d’ailleurs une place de choix pour les lunes de miel courtes ou les premiers voyages en couple.

Quand partir, combien dépenser : nos réponses en tableau

Quatre jours passent vite. Voici comment nous les avons organisés, avec ce que nous referions et ce que nous changerions :

Jour Programme Le moment à ne pas rater
1 Alfama au petit matin, château São Jorge, Graça Le coucher de soleil au miradouro da Graça
2 Belém : Jéronimos, tour de Belém, confiteria Les pastéis encore tièdes avant 10 h
3 Baixa, ascenseur de Santa Justa, Chiado La bascule du Bairro Alto à la nuit tombée
4 Tramway 28 de l’aube, Mouraria, derniers miradouros Un dernier fado dans une salle de quinze places

Sur le budget, nos repères pour deux personnes, hors vols :

  • Hébergement : un appartement correct dans l’Alfama ou la Graça se négocie autour de 80 à 130 euros la nuit hors haute saison ; la Baixa et le Chiado facturent nettement plus cher pour la même surface.
  • Repas : petit-déjeuner à la tasca autour de 5 euros, déjeuner de quartier 12 à 18 euros par personne, dîner avec fado 30 à 45 euros selon la maison.
  • Transports : les funiculaires facturent environ 4,30 euros le trajet, et le billet 24 heures du réseau Carris reste la bonne affaire si vous prévoyez plusieurs montées. La ville se parcourt surtout à pied.

Et trois conseils que nous donnerions à nous-mêmes avant un retour :

  • Chaussures à semelle souple, sans exception : la calçada portuguesa est belle, glissante et impitoyable pour les talons ou les semelles fines.
  • Réservez les maisons de fado à l’avance, surtout les petites ; les meilleures salles comptent moins de trente places.
  • Gardez une demi-journée vide : Lisbonne récompense les flâneurs, pas les planificateurs.

Après Lisbonne : Sintra, Cacilhas ou plus loin

Quatre jours referment à peine l’appétit. Si vous disposez d’un jour supplémentaire, Sintra s’impose : palais colorés, jardins tropicaux et le château des Maures, à moins d’une heure en train depuis Rossio. Nous avons préféré, faute de temps, la rive sud : le ferry depuis Cais do Sodré file vers Cacilhas en douze minutes, et de ce petit port de pêcheurs, on rejoint Almada pour le Cristo Rei, le Christ monumental qui fait face à la ville. De là, le pont du 25-Avril et la Baixa vus d’en face valent largement la traversée.

Plus loin encore, le cap Roca marque le point le plus occidental de l’Europe continentale, à une quarantaine de minutes en bus depuis Sintra : une falaise vertigineuse, un phare, et l’Atlantique qui prend toute la place.

Et pour ceux qui repartent de Lisbonne avec l’envie d’habiter une ville plus longtemps, nos carnets plus lents poursuivent la route : une semaine d’immersion quartier par quartier à Tokyo fonctionne sur le même principe, à savoir choisir un quartier et le laisser décider du programme. C’est peut-être la seule leçon de voyage que Lisbonne nous laisse vraiment : quatre jours suffisent à la visiter, pas à la quitter.

Questions fréquentes

Quatre jours permettent de couvrir les grands quartiers (Alfama, Belém, Baixa, Bairro Alto) sans courir, en gardant des soirées pour le fado. Avec un cinquième jour, on ajoute Sintra ou une excursion en bateau vers Cacilhas et le Cristo Rei.

Mai-juin et septembre-octobre offrent le meilleur équilibre lumière, températures et fréquentation. En juin, les ruelles se parent de guirlandes pour les fêtes des Santos Populares, au prix d'une ville plus bondée. L'été reste supportable grâce à l'Atlantique, mais les files aux monuments s'allongent.

Moins que les grandes capitales d'Europe occidentale : on déjeune encore dans des petits restaurants de quartier pour une quinzaine d'euros, et les miradouros sont gratuits. Comptez entre 70 et 120 euros par jour et par personne hors vol, hébergement en chambre double comprise. Les tarifs grimpent fortement dans l'hyper-centre de la Baixa.

Les deux avis se défendent. Pris à 7 h 30 au départ de Martim Moniz, le tramway 28 offre une traversée patrimoniale des collines presque sans touristes. Aux heures de pointe, il est bondé et visé par les pickpockets : mieux vaut alors le funiculaire ou la marche, et garder sacs et téléphones devant soi.

Chaussures à semelle souple d'abord : les pavés de calçada portuguesa sont magnifiques et impitoyables. Ensuite, alternez marche et transports verticaux : funiculaires jaunes, ascenseur de Santa Justa, et les ascenseurs publics gratuits qui relient la Baixa aux hauteurs du château.